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ARS TENEBRIS

Une spéléologie au cœur des ténèbres pour ceux qui ne craignent pas de pénétrer les mystères défendus. L’Occulte, l’Enfer, le Mal et son origine, Satan, le Malin et ses Démons, le Gothique, l’Epouvante, la Mort, l’Amoralité, autant d’épouvantails dans le champs de la conscience où s’entrelacent étroitement le meilleur comme le pire. La peur ne résiste pas à l’observation scrupuleuse d’un phénomène, elle se transforme en fascination pouvant tourner parfois à l’obsession.

" Les métamorphoses du vampire" Charles Beaudelaire

Publié le 19 Avril 2013 par Darkana in Vampires-vampyres

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Les métamorphoses du vampire



La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc :
" Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles !
Je suis, mon cher savant, si docte aux Voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi ! "

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus !
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.

     Charles Baudelaire