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ARS TENEBRIS
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Le Nectar sur la Langue Fourchue du Serpent

Le Nectar sur la Langue Fourchue du Serpent

Texte de Nacht Darcane paru dans la revue Alraune sur le thème de la Magie Sexuelle

Lorsqu’on évoque la magie sexuelle, le temple de l’imagination s’ouvre sur des abysses de mystères nébuleux où les serpents se mêlent aux secret-ions les plus intimes pour glorifier l’âme démonique. Les promesses d’ivresses extatiques se profilent dans l’Ombre subconsciente peuplée de créatures transgressives où l’horreur se repait dans la jouissance. La chair est le véhicule de pouvoirs sombres, sans lesquels l’intention de magie sexuelle n’est qu’une mécanique des corps où règnent la platitude et l’ennui. Les rituels les plus sophistiqués accomplis dans les règles de l’art ne sont qu’une pantomime dérisoire si l’énergie sexuelle n’est pas éveillée et maitrisée par les élus. La Kundalini, le serpent dont le venin ensorcelle ou annihile est l’élément sacré, le feu électrique qui embrase la Psyché offerte au membre erectus d’Eros.

La voie humide, fulgurante et périlleuse fait voler en éclats les portes du sanctuaire interdit pour initier, transcender et transformer la conscience. La folie sacrée se déchaine, dans la vénération mutuelle d’entités monstrueuses au pouvoir redoutable. La soif viscérale, frénétique du désir sauvage de dévorer, de se délecter des fluides sexuels, du sang de la divinité incarnée, domine sous l’œil énigmatique de la vacuité, astre fixe de l’empyrée d’un autre monde.  

Exaltation des sens, exultation de l’âme. La perversion absolue dans l’expression sans tabous des pulsions ancestrales délivre les démons opprimés de la Psyché. Victorieux ils reprennent le pouvoir dans la volupté de l’union avec l’antinomie de leur Essence.  L’inconnaissable se dévoile sous la menace de la désintégration du connu tandis que la déraison la plus profonde s’empare du sens commun pour l’exiler à jamais. Pulsion de mort dans l’intensité de la possession, flamme d’annihilation exaltée dans l’Eros. Abandon au pouvoir sombre et hypnotique des profondeurs sous l’influence des abominations de la luxure. 

Le Vama Marga ou Tantra de la main gauche se distingue du Tantra de la voie de la main droite pas seulement parce qu’il implique Maithuna ou union sexuelle ou la consommation de substances dites impures (viandes, alcool, drogues etc.), mais parce qu’il invite à la violation de tout principe moral, de tout désir de se fondre dans la divinité. En prenant sciemment une position de défiance de damné, le Tantrika devient le sacrifié dont la récompense est le pouvoir de contrôler et créer sa réalité. Unis dans le Hieros Gamos, il/elle deviennent les dieux démoniques par-delà la dualité, monarques invisibles d’un royaume de désolation sublime, l’Eden Ténébreux.  

 L’énergie sexuelle libérée de ses chaines, réhabilitée en partie intégrante et active d’une conscience orgasmique est la plus puissante des forces à la disposition de la volonté. La Shakti, énergie féminine est l’initiatrice vénérée et crainte, dont le potentiel se révèle dans la maîtrise de sa nature volcanique. Elle accorde ses faveurs à ceux qui ne sont plus seulement les esclaves de pulsions physiques grossières, mais les artistes inspirés d’une création sensuelle visant la Gnose la plus haute.

Les processus intérieurs dominent dans l’expérience magico-tantrique mais ne sont cependant pas exclusifs. En effet, il ne s’agit pas de s’évader dans une réalité intérieure idéale et de rejeter le monde tangible. Au contraire, le thaumaturge tantrique est en contact avec la chair, les sens, le plaisir et la douleur, la mort et la naissance, il manifeste dans la matière les sublimations secrètes d’une réalité façonnée par ses aspirations. La transmutation de la conscience, est une transformation irréversible de l’être, prenant forme dans la personne incarnée. La naissance démonique confère un pouvoir, un mode de perception et d’action aliène, inconnaissable et inaccessible au non initié.

La sexualité sacrée pratiquée dans un but de magie sexuelle ne vise pas, même si ce n’est pas exclu, à réaliser les désirs mondains personnels. Celui qui pénètre dans la caverne de la Déesse Redoutable devient l’instrument et le créateur d’une dimension occulte. Discipline et intériorisation s’allient à l’exaltation et au chaos dans une alchimie intérieure féconde. Les sens stimulés par les mélopées hypnotiques et les effluves d’encens, les Tantrikas s’enivrent du soma de leurs fornications impies, dans la mort, la pourriture et le sang, exultant dans une extase non duelle. Ils abandonnent la conscience ordinaire pour pénétrer dans un espace voilé où sont révélés les mystères les plus obscurs.

Mysticisme et/ou technologie magique, les pratiques et interprétations de la magie sexuelle diffèrent et se ressemblent de l’Orient à l’Occident, depuis des temps immémoriaux, et ne cessent de se métamorphoser de façon organique, intégrant de nouveaux éléments, en rejetant d’autres. Cette connaissance n’est ni finie ni définie, tel le serpent elle glisse entre les doigts de ceux qui veulent se l’accaparer. Elle injecte le venin de sa gnose à ceux qui se sont libérés du carcan des conditionnements et des certitudes.

Au sein de la nuit noire de l’âme, la conscience conviée au Sabbat Orgiastique du monde Astral se livre à la frénésie des sens intérieurs où une fureur sensuelle exacerbée mène la danse. La Prostituée Sacrée écartelée, condense la substance du Vinum Sabbati tandis que le Seigneur Lubrique honore ses orifices, ravines d’accès à d’autres abîmes de perdition. Les ondulations de la chair stimulée par le Serpent voluptueux, distille des essences, des substances aux pouvoirs mystérieux, transformant le sang et les fluides intimes en élixir. Ivres du soma toxique du sang lunaire mêlé à l’élixir séminal, la vision s’ouvre à l’inconcevable, l’intrication subversive de mondes paradoxaux où la raison capitule. Embrasement des derniers vestiges d’une réalité obsolète, étriquée et asphyxiante dans l’incandescence du sacrifice originel et ultime.

Dans l’Athanor, la métamorphose irréversible se poursuit lors d’opérations alchimiques réitérées à l’infini. Seuls résonnent dans la nécropole silencieuse, les soupirs extatiques de copulations sacrilèges, d’où le Feu émane, indomptable et éternel.

Certains arcanes ne se révèlent qu’au prix d’une intensité corrosive maintenue sans siller par-delà le temps et l’espace jusqu’à la dissolution des masques. Annihilation du simulacre pour la naissance de l’immortel légitime et souverain.

L’aberration de l’Androgyne monstrueux, fruit d’un antagonisme absolu, reste silencieux, tapi dans l’ombre, il se dérobe à la lumière violatrice de l’inquisition profane. Il jouit en secret dans l’éternité d’une félicité blasphématoire.

Les mots ne sauraient offrir en pâture la quintessence de ce qui est caché.

Nathalie Le Doeuff