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ARS TENEBRIS

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L'essence ancestrale du black metal norvégien

L'essence ancestrale du black metal norvégien

Avec la sortie de l'exécrable film hollywoodien « The Lords of Chaos » 2018 retraçant « l’affaire Varg Virkenes » pour le grand public, on peut, par réaction, ressentir un besoin de retourner aux sources de l’âme norvégienne inspirant le black metal hyperboréen. En visionnant le documentaire True Norvegian Black Metal (VICE 2007 sous-titré en FR), la présence de Gaahl (ex vocal leader de Gorgoroth) impose une densité de l’être quasi minérale à l’image des terres où il vit. Il émane de sa personne une tranquillité profonde où brûle un feu ardent, ses mots exprimant une pensée lucide inspirée du silence. Et c’est là, dans le silence abyssal de Gaahl, plutôt que dans la flamboyance des concerts et tapages médiatiques offusqués que l’on touche à la substance sauvage du black metal norvégien.

Dans ce même documentaire, il emmène les journalistes très amateurs de Vice à une marche dans la montagne sans leur préciser ni le but, ni la destination du périple. Après quelques heures, ils approchent d’un sommet en haut duquel se trouve une petite baraque en bois à moitié enfouie sous la neige, perdue dans l’immensité austère d’une nature abrupte. Un des journalistes craque, supplie de rentrer, ses nerfs et son physique ne résistent pas à l’assaut féroce de la montagne et du froid. Gaahl explique que cette maisonnette était celle de ses grands-parents, et comme pas un arbre ne pousse à cette altitude, en plus ils ont dû monter le bois à dos d’homme pour la construction… Le contraste entre les gémissements d’un rejeton dégénéré de l’époque moderne et la force d’esprit desdits aïeux révèle une puissance inspirée des dieux nordiques, une puissance capable d’annihiler toute morbidité.

 

Extrait de "Seraphita" de Balzac

"Souvent, lorsque des amas de nuées grises, chassées par escadrons à travers les montagnes et les sapins, cachaient le ciel sous de triples voiles, la terre, à défaut de lueurs célestes, s’éclairait par elle-même. Là donc se rencontraient toutes les majestés du froid éternellement assis sur le pôle, et dont le principal caractère est le royal silence au sein duquel vivent les monarques absolus. Tout principe extrême porte en soi l’apparence d’une négation et les symptômes de la mort : la vie n’est-elle pas le combat de deux forces ? Là, rien ne trahissait la vie. Une seule puissance, la force improductive de la glace, régnait sans contradiction. Le bruissement de la pleine mer agitée n’arrivait même pas dans ce muet bassin, si bruyant durant les trois courtes saisons où la nature se hâte de produire les chétives récoltes nécessaires à la vie de ce peuple patient. Quelques hauts sapins élevaient leurs noires pyramides chargées de festons neigeux, et la forme de leurs rameaux à barbes inclinées complétait le deuil de ces cimes, où, d’ailleurs, ils se montraient comme des points bruns. Chaque famille restait au coin du feu, dans une maison soigneusement close, fournie de biscuit, de beurre fondu, de poisson sec, de provisions faites à l’avance pour les sept mois d’hiver. À peine voyait-on la fumée de ces habitations. Presque toutes sont ensevelies sous les neiges, contre le poids desquelles elles sont néanmoins préservées par de longues planches qui partent du toit et vont s’attacher à une grande distance sur de solides poteaux en formant un chemin couvert autour de la maison. Pendant ces terribles hivers, les femmes tissent et teignent les étoffes de laine ou de toile dont se font les vêtements, tandis que la plupart des hommes lisent ou se livrent à ces prodigieuses méditations qui ont enfanté les profondes théories, les rêves mystiques du nord, ses croyances, ses études si complètes sur un point de la science fouillé comme avec une sonde ; mœurs à demi monastiques qui forcent l’âme à réagir sur elle-même, à y trouver sa nourriture, et qui font du paysan norvégien un être à part dans la population européenne."