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ARS TENEBRIS

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'Only lovers left alive' Jarmusch 2013

'Only lovers left alive' Jarmusch 2013

L’immortalité n’est pas forcément une partie de plaisir éternel. Quand on a vécu plusieurs siècles en accumulant les cultures et la connaissance, quand on a été le témoin impuissant de la comédie humaine jusqu’à être obligé de reconnaître qu’aucune évolution n’est possible mais plutôt une dégénérescence inévitable, on ne peut que se réfugier dans un nihilisme lucide et attendre la fin. Adam (Tom Hiddleston), le vampire anti-héros sans héros de « Only lovers left alive » incarne ce sentiment romantique et sombre dont le désir de vivre ne tient qu’à un fil, celui de son amour exclusif pour Eve (Tilda Swinton), sa chère femme vampire.

Les dialogues intellos décalés du couple et les images stylées nous révèlent le recul vertigineux de ces êtres à part. Ils évoluent dans une sublimation calme, déconnectés et nostalgiques de magnificences disparues, de progrès avortés et de non-sens oubliés. L’humour à froid et l’atmosphère intime font le charme du film et donnent envie de se le passer en boucle pour savourer chaque réplique, chaque image encore et encore, bercés par la bande-son. Leur vie vampirique futile et pourtant intense est soulignée par le timbre de voix bas et presque atone de Tom Hiddleston qui « mesmérise » l’audience.

L’irruption de la petite sœur d’Eve, Ava (Mia Wasikowska) dans l’intimité du couple au milieu du film met en valeur par contraste la qualité de leur amour idéalisé. Un petit chaos perturbateur fait son entrée avant de se muer en agacement amusant. Ça casse le rythme au moment où on pourrait sombrer dans une torpeur enchanteresse. C’est l’occasion de sortir dans l’underground, d’exposer les vampires dans le décor de la modernité qu’ils méprisent et de faire face à des situations inconfortables. La vie recluse d’Adam et Eve les pose en créateurs de leur monde par abstraction de la laideur d’esprit des « zombies », terme générique de l’homme moderne et sa pollution physique et psychique. Pas besoin de vivre des siècles pour atteindre ce niveau d’écœurement et décider de s’extraire, de créer son univers et d‘y vivre à sa façon. Jim Jarmusch montre l’exemple en nous ouvrant les portes de cet espace parallèle, une possibilité où l’éternité semble malgré tout tolérable.