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ARS TENEBRIS

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DROOD

DROOD

La face cachée de Charles Dickens vue par Wilkie Collins un de ses amis et collaborateur dans le Londres underground du 19ème siècle. Dan Simmons comme à son accoutumée mêle avec dextérité les faits et personnages réels aux fantasmes de son imagination perverse pour créer une œuvre fascinante et lancinante où se côtoient deux mondes en parallèle :

- la face exposée de la société raffinée des intellectuels et artistes de l’époque, fréquentant les salons et clubs adéquates et leurs préoccupations quotidiennes d’ordre matériel, social et sentimental.

- l’ombre de cette réalité : l’univers souterrain des catacombes abritant une vaste population spectrale adepte de rites initiatiques de l’Egypte ancienne dans l’arrière-boutique de fumeries d’opium.

Et puis il y a Drood, être inquiétant, à l’apparence morbide, insaisissable et au dessein énigmatique, naviguant entre le monde des morts et celui des vivants, hantant l’esprit de Dickens depuis l’accident de train de Staplehurst dont il a réchappé. L’obsession de Dickens pour Drood et sa pratique suivie du mesmérisme dévoile sans équivoque la fascination de l’auteur pour l’irrationnel et le surnaturel donnant ainsi une nouvelle dimension à son roman inachevé « Le mystère d’Edwin Drood ».

La description de la personnalité haute en couleurs de Dickens par le rival et cependant ami qu’est Wilkie, admiration teintée de sarcasme où une jalousie acide transparait est hautement appréciable au milieu des abominations diverses auxquelles les protagonistes sont exposés. Réflexion aussi sur la qualité littéraire, le succès, le sens d’une amitié.

Bien que le roman soit long (800 pages) et dense, l’atmosphère d’épouvante aux accents ironiques et surnaturels soutenant les intrigues ensorcelle et c’est comme sous l’effet d’un mirage que l’on se retrouve déjà à la fin de l’ouvrage. On prendrait bien alors un peu de laudanum comme Wilkie pour atténuer la sensation de manque.